Procédure locative

Mon locataire est devenu squatteur

Un locataire qui ne paie plus et refuse de partir n'est pas un squatteur au sens juridique. La procédure à suivre est radicalement différente — et plus longue. Voici la marche à suivre, sans raccourcis.

Loi 89-462 — protection locataire Trêve hivernale : 1er nov. – 31 mars Délais réels : 18 à 30 mois
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Relation propriétaire-locataire, mise en relation avec un professionnel

La distinction fondamentale : un locataire qui occupe un logement sur la base d'un bail — même expiré, même avec des impayés — n'est pas un squatteur au sens de la loi. La procédure préfectorale 48 heures et les articles 315-1 à 315-3 du Code pénal ne s'appliquent pas. La loi du 6 juillet 1989 (loi 89-462) gouverne l'intégralité de cette situation.

Ce que la loi Kasbarian-Bergé ne change pas

La loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 a renforcé les outils contre les squatteurs — c'est-à-dire les personnes qui s'introduisent dans un bien sans aucun titre. Elle ne modifie pas les protections accordées aux locataires par la loi du 6 juillet 1989. La trêve hivernale (1er novembre au 31 mars) reste pleinement applicable. Les délais de procédure judiciaire locative n'ont pas changé. Un locataire défaillant garde ses droits à la procédure et à la représentation.

La procédure d'expulsion locative étape par étape

Mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception

Adressez une mise en demeure de payer les loyers et charges impayés. Cette étape est recommandée mais n'est pas obligatoire si une clause résolutoire est prévue au bail. Elle laisse un délai raisonnable (généralement 8 à 15 jours) au locataire pour régulariser sa situation.

Commandement de payer délivré par un commissaire de justice

Un commissaire de justice (ex-huissier) délivre un commandement de payer visant la clause résolutoire du bail. Le locataire dispose alors de 2 mois pour régler l'intégralité des sommes dues. C'est l'acte qui déclenche officiellement la procédure d'expulsion locative.

Assignation devant le tribunal judiciaire (art. L411-1 CPCE)

Si le locataire n'a pas réglé dans les 2 mois, votre avocat ou le commissaire de justice prépare une assignation à comparaître devant le juge des contentieux de la protection. L'audience est fixée à une date fixée par le tribunal, généralement 2 à 6 mois après l'assignation selon les juridictions.

Jugement de résiliation du bail

Le juge prononce la résiliation du bail si les conditions sont réunies. Il peut accorder des délais de paiement au locataire (jusqu'à 3 ans pour solder la dette) ou des délais pour quitter le logement. Le jugement est notifié par le commissaire de justice.

Délai de 2 mois après signification du jugement

Après signification du jugement d'expulsion, le locataire dispose en principe d'un délai de 2 mois pour quitter les lieux (art. L412-1 CPCE). Ce délai peut être prorogé par le juge selon la situation personnelle du locataire.

Concours de la force publique

Si le locataire ne part toujours pas, le commissaire de justice délivre un commandement de quitter les lieux, puis demande le concours de la force publique à la préfecture. L'attente pour obtenir ce concours peut durer de quelques semaines à plusieurs mois.

La trêve hivernale : une réalité à intégrer

Du 1er novembre au 31 mars : aucune expulsion possible

L'article L412-6 du Code de l'action sociale et des familles interdit toute expulsion locative pendant la trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars de l'année suivante. Même un jugement d'expulsion obtenu avant le 1er novembre ne peut pas être exécuté avant le 1er avril. La procédure (assignation, audience) peut se poursuivre pendant cette période, mais aucune expulsion physique ne peut avoir lieu. Si votre dossier tombe pendant la trêve, ajoutez 5 mois à votre calendrier.

Les délais réels

La procédure complète, de la mise en demeure à l'expulsion effective, prend entre 18 et 30 mois dans les situations ordinaires. Ce délai s'allonge si :

Activer la garantie Visale ou l'assurance loyers impayés

Si vous disposez d'une garantie Visale (Action Logement) ou d'une assurance loyers impayés (GLI), déclarez le sinistre dès le premier impayé — généralement dans les 3 mois suivant la première échéance non réglée. Ces dispositifs couvrent tout ou partie des loyers impayés pendant la procédure et parfois les frais de remise en état. Ne tardez pas : les délais de déclaration sont contractuellement encadrés.

Questions fréquentes

Peut-on déroger à la trêve hivernale ?

Oui, dans des cas très limités prévus par l'article L412-6 du CASF : si le logement est reloué ou vendu à un occupant souhaitant y habiter, si le locataire a trouvé un nouveau logement adapté à ses besoins, ou si le juge l'a spécifiquement prévu dans son jugement. Ces dérogations sont rares et doivent être expressément accordées par la juridiction. Une simple décision d'expulsion ne lève pas automatiquement la trêve.

L'aide juridictionnelle s'applique-t-elle pour ces procédures ?

Oui, l'aide juridictionnelle est accessible tant pour le propriétaire que pour le locataire, sous conditions de ressources. En tant que propriétaire, si vos revenus sont modestes, vous pouvez bénéficier d'une prise en charge totale ou partielle des honoraires d'avocat et des frais de commissaire de justice. La demande s'effectue auprès du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de votre ressort. L'aide peut être accordée même si vous possédez le bien immobilier.

Que faire si le locataire a sous-loué le logement à un tiers ?

La sous-location sans autorisation du propriétaire est une violation du bail (art. 8 loi 89-462) qui constitue un motif de résiliation. Faites dresser un constat de la sous-location par un commissaire de justice. La procédure reste celle de la loi 89-462 : commandement, assignation, jugement. Le sous-locataire n'a en principe aucun droit propre vis-à-vis du propriétaire en l'absence d'accord exprès. Vous devrez toutefois le faire figurer dans la procédure pour que le jugement lui soit opposable.

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