Squatteur ou locataire impayé : deux procédures distinctes

Avant d'engager toute démarche, la qualification de la situation est déterminante. Un squatteur n'a aucun titre d'occupation : ni bail, ni promesse, ni autorisation verbale. Un locataire qui ne paie plus dispose d'un bail, même périmé. Les deux situations appellent des procédures radicalement différentes.

Critère Squatteur Locataire impayé
Titre d'occupation Aucun Bail (même résilié)
Procédure accélérée 48 h Possible (domicile en flagrant délit) Impossible
Voie judiciaire Référé d'expulsion Résiliation + expulsion (art. L411-1 CASF)
Trêve hivernale Applicable, sauf exceptions Applicable, sauf exceptions
Durée estimée 48 h à 36 mois 18 à 36 mois

Les 7 étapes de la procédure judiciaire

Cette chronologie correspond à la voie judiciaire classique, applicable dès que la procédure 48 h n'est pas ou plus possible.

Constat officiel par commissaire de justice

Un commissaire de justice (anciennement huissier) se rend sur les lieux et dresse un procès-verbal d'occupation sans droit ni titre. Ce document décrit l'état du bien, l'identité des occupants si possible, et les preuves de l'occupation illicite. Il est la pièce fondatrice du dossier.

Délai : 1 à 3 jours — Coût : 150 à 350 €

Dépôt de plainte pénale

Déposez plainte au commissariat ou à la gendarmerie pour violation de domicile (art. 226-4 C.pén.) ou pour les infractions prévues aux articles 315-1 à 315-3 du Code pénal introduits par la loi 2023-668. Conservez le récépissé : il constitue une preuve supplémentaire de votre démarche.

Délai : 1 à 2 jours
Art. 226-4 Code pénal  ·  Art. 315-1 à 315-3 C.pén.

Assignation en référé devant le tribunal judiciaire

Votre avocat rédige une assignation et la fait signifier aux occupants par commissaire de justice. L'assignation en référé d'heure à heure (urgence extrême) ou en référé classique vise à obtenir une ordonnance prononçant l'expulsion. Le tribunal judiciaire du lieu du bien est compétent.

Délai avant audience : 3 à 8 semaines — Avocat obligatoire

Audience et ordonnance d'expulsion

Le juge des référés entend les parties. Si l'absence de titre est établie, il prononce l'expulsion. L'ordonnance est exécutoire de droit mais les occupants peuvent faire appel, ce qui suspend l'exécution sauf si le juge l'a déclarée exécutoire par provision.

Délai pour le jugement : 2 à 6 semaines après l'audience

Signification du jugement et commandement de quitter les lieux

Le commissaire de justice signifie le jugement aux occupants et leur délivre un commandement de quitter les lieux. Ce délai légal, généralement de 2 mois, doit être respecté avant de pouvoir requérir la force publique. Pendant la trêve hivernale (1er nov. au 31 mars), ce délai peut être allongé.

Délai : 2 mois (+ suspension trêve hivernale éventuelle)
Art. L412-6 CASF — Trêve hivernale

Demande de concours de la force publique au préfet

Si les occupants ne partent pas volontairement, vous adressez une requête formelle au préfet du département. Le dossier comprend le jugement définitif, le commandement de quitter les lieux, et la preuve que les délais sont expirés. Le préfet dispose de deux mois pour répondre.

Instruction préfectorale : 2 à 4 mois
Service-public.fr — Concours de la force publique

Intervention des forces de l'ordre et expulsion effective

Après l'arrêté préfectoral autorisant le concours de la force publique, le commissaire de justice fixe la date d'intervention avec la police ou la gendarmerie. L'expulsion se déroule en présence du commissaire de justice. Les biens laissés sur place font l'objet d'une procédure d'inventaire et de garde.

Délai de planification après arrêté : 2 à 6 semaines

La trêve hivernale : ce qu'elle change concrètement

Trêve hivernale : 1er novembre au 31 mars

Pendant cette période, aucune expulsion ne peut être exécutée par la force publique, sauf dans les cas prévus par la loi. Les délais courent toujours, mais l'intervention physique est suspendue. Cela peut ajouter jusqu'à 5 mois à la procédure si l'expulsion arrive en période de trêve. Art. L412-6 CASF — Légifrance

Exceptions : la procédure 48 h sur le domicile du propriétaire s'applique toute l'année, ainsi que les expulsions pour trouble à l'ordre public ou dans certains cas de relogement proposé.

Coûts indicatifs de la procédure

Ces montants sont donnés à titre indicatif pour une procédure standard en France métropolitaine en 2026. Ils varient selon la complexité, la durée et le barreau.

150–350 € Constat commissaire de justice
800–2 500 € Honoraires avocat (référé)
300–800 € Significations & commandement
200–600 € Acte d'expulsion (commissaire)

Coût total indicatif : 2 000 à 5 000 €, voire davantage si la procédure est contestée ou si un appel est formé. Ces frais sont avancés par le propriétaire et peuvent être réclamés au squatteur, mais leur recouvrement est incertain.