Qu'est-ce que le concours de la force publique ?
Après un jugement d'expulsion définitif, si les occupants refusent de quitter les lieux, le propriétaire ne peut pas recourir à la force lui-même. Il doit demander au préfet du département d'autoriser les forces de l'ordre (police nationale ou gendarmerie) à intervenir pour exécuter le jugement. C'est ce qu'on appelle le concours de la force publique.
Ce mécanisme est prévu pour éviter que les propriétaires prennent la loi en main, tout en garantissant que les décisions de justice sont respectées. En pratique, c'est souvent la phase la plus longue et la plus incertaine de la procédure.
Service-public.fr — Expulsion d'un squatteur
Chronologie de la demande
Les étapes en détail
Constituer le dossier de demande
La demande de concours de la force publique s'adresse à la préfecture du département où est situé le bien. Le dossier doit comprendre : copie du jugement d'expulsion (signifié), copie du commandement de quitter les lieux, preuve que le délai de 2 mois est expiré sans départ volontaire, et vos coordonnées complètes.
Document clé : jugement + commandement signifiésDéposer la demande à la préfecture
Déposez le dossier en personne au guichet de la préfecture (service des étrangers ou service des expulsions selon les organisations) ou envoyez-le par courrier recommandé avec accusé de réception. Notez la date de dépôt : elle déclenche le délai de réponse de la préfecture.
Délai de réponse : 2 à 4 mois en pratiqueInstruction préfectorale
La préfecture vérifie la régularité du dossier et examine la situation des occupants (notamment la présence de personnes vulnérables, mineurs, ou l'absence de solution de relogement). Ces éléments peuvent motiver un refus ou un ajournement. Il n'existe pas de délai légal imposé au préfet pour cette phase.
Arrêté et planification de l'intervention
En cas de décision favorable, le préfet prend un arrêté autorisant le recours à la force publique. Le commissaire de justice coordonne ensuite la date d'intervention avec la police ou la gendarmerie. L'expulsion se déroule obligatoirement en sa présence.
Délai après arrêté : 2 à 6 semainesLe refus du préfet : motifs et recours
Le préfet peut refuser d'accorder le concours de la force publique. Ce refus peut être explicite (réponse écrite motivée) ou implicite (absence de réponse dans un délai raisonnable).
Motifs habituels de refus
- Trêve hivernale (1er novembre au 31 mars) : aucune expulsion forcée ne peut avoir lieu pendant cette période, sauf exceptions légales.
- Trouble à l'ordre public : le préfet évalue si l'expulsion est susceptible de créer des troubles graves.
- Absence de solution de relogement : en présence de personnes vulnérables, le préfet peut ajourner l'intervention.
- Dossier incomplet ou irrégulier : vérifiez que toutes les pièces sont fournies et les délais respectés.
Lorsque le préfet refuse d'accorder le concours de la force publique pour exécuter un jugement définitif, l'État engage sa responsabilité. L'article L153-1 du Code des procédures civiles d'exécution permet au propriétaire de demander réparation du préjudice causé par ce refus (loyers manqués, dégradations, frais supplémentaires).
Cette demande s'adresse au tribunal administratif compétent. Elle est distincte du recours en annulation de la décision de refus.
Délais réels : ce qu'il faut anticiper
Sur la base des procédures constatées en 2025-2026, voici la fourchette de durée pour la seule phase "concours de la force publique", après obtention du jugement d'expulsion :
- Commandement de quitter les lieux : 2 mois (délai légal)
- Instruction par la préfecture : 2 à 4 mois
- Planification et intervention : 2 à 6 semaines
- Impact trêve hivernale (si applicable) : jusqu'à 5 mois supplémentaires
En pratique, la phase concours de la force publique ajoute 4 à 9 mois à la procédure, après le jugement. Elle se greffe sur une procédure judiciaire qui a elle-même duré 6 à 18 mois.
- Déposer un dossier complet dès la première demande (évite les allers-retours).
- Joindre un courrier explicatif décrivant le préjudice subi et l'urgence de la situation.
- Relancer régulièrement par écrit avec accusé de réception.
- Faire appel à un avocat si la préfecture tarde ou refuse : un recours administratif bien argumenté est plus efficace qu'un simple courrier.
- Vérifier que le jugement est bien exécutoire (ni appel suspensif en cours, ni sursis d'exécution).
